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02.08.09

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Discours du 1er-Aout 2009

Message d'Hubert Schneebeli, conseiller administratif, à l'occasion du 718e anniversaire du 1er-Août.

Pregny-Chambésy – Domaine de Penthes – samedi 1er août 2009

Monsieur l’Ambassadeur
Monsieur le Président du Conseil municipal
Madame le Maire
Monsieur le Président de la Fête du 1er-Août de Pregny-Chambésy
Monsieur le Président du Cercle des Cent-suisses
Mesdames et Messieurs les Conseillers municipaux
Madame la Directrice de l’Office du Tourisme du Sultanat d’Oman à Paris
Monsieur le Directeur du Château de Penthes
Mesdames et Messieurs les invités
Chères Citoyennes, chers Citoyens.

Je tiens tout d’abord à remercier le Cercle des Cent-suisses et son président Monsieur Jean-Charles Martin, de cette première association avec la commune de Pregny-Chambésy à l’occasion de notre fête Nationale.
Ce partenariat permet de donner à nos manifestations respectives une ampleur plus patriotique encore qui nous a déjà valu dans la presse la «palme de la tradition». La population de la commune ainsi que nos invités y seront certainement sensibles.

Le livre « Souvenir de Solferino » écrit par Henry Dunant a profondément révolutionné les mentalités et la perception de la valeur de l’humain dans l’Europe du milieu du XIXe siècle. Nous pouvons y lire le témoignage suivant :

"Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir!" vociférait avec une énergie farouche un grenadier de la garde, plein de force et de vigueur trois jours auparavant, mais qui, blessé à mort et sentant bien que ses moments étaient irrévocablement comptés, regimbait et se débattait contre cette sombre certitude; je lui parle, il m'écoute, et cet homme, adouci, apaisé, consolé, finit par se résigner à mourir avec la simplicité et la candeur d'un enfant.

Les femmes de Castiglione, voyant que je ne fais aucune distinction de nationalité, suivent mon exemple en témoignant la même bienveillance à tous ces hommes d'origines si diverses, et qui leur sont tous également étrangers. "Tutti fratelli", répétaient-elles avec émotion. Honneur à ces femmes compatissantes, à ces jeunes filles de Castiglione! rien ne les a rebutées, lassées ou découragées, et leur dévouement modeste n'a voulu compter ni avec les fatigues, ni avec les dégoûts, ni avec les sacrifices.

La pensée morale de l'importance de la vie d'un homme, le désir d'alléger un peu les tortures de tant de malheureux ou de relever leur courage abattu, l'activité forcée et incessante que l'on s'impose dans des moments pareils, donnent une énergie nouvelle et suprême qui crée comme une véritable soif de porter du secours au plus grand nombre possible.

Il y a 150 ans, le24 juin 1859, durant la campagne d'Italie se déroule en Lombardie la bataille de Solferino. S’il s'agit sans nul doute d'une victoire de l'armée française de Napoléon III - alliée à l'armée sarde - sur l'armée autrichienne de l'empereur François-Joseph, il s’agit certainement de la défaite de l’humain qui une fois encore a réussi à atteindre les limites de l’intolérable et de la bestialité.
40’000 hommes sont hors de combat et abandonnés sur le champ de bataille. Suite au manque de moyens, de nourriture et de personnel, les services sanitaires sont déplorables. Les sources d’eau qui auraient pu servir au ravitaillement des hommes n’étaient pas utilisables : elles étaient pleines de sang et de bactéries provenant des cadavres.

« La pensée morale de l'importance de la vie d'un homme » écrit Henry Dunant dans ses Souvenirs. Témoin de cette vision d'horreur il décide alors d'aider le peu d'infirmières présentes sur place. Pendant 4 jours, il s'investit corps et biens dans cette aide aux malheureux : il donne les premiers soins, il achète lui-même vivres et habits pour les rescapés de la bataille (Italiens, Français et Autrichiens confondus) et il va même jusqu'à écrire à leur famille.

Quelle est la valeur de l’humain quand on assiste à de telles horreurs ?

Jean-Henry Dunant n’est pas médecin, il n’est pas un homme d’église, il est banquier … à Genève ! A 35 ans, avec le juriste Gustave Moynier, le général Guillaume-Henri Dufour ainsi que les médecins Louis Appia et Théodore Maunoir, il crée le 17 juillet 1863 ce qui deviendra le Comité international de la Croix-Rouge.

«Chaque être a sa valeur, et un seul est-il sauvé que cela vaut la peine de se donner entièrement à sa tache pendant des jours et des nuits, sans relâche.»

«Chaque être a sa valeur». Cela implique-t-il qu’il faille créer un CAC 40 ou le Dow Jones de l’Humain, comme le dirait Corentin de Salle ?
Au XVIIIe siècle les Lumières ont bouleversé l’Europe. Ce n’est plus Dieu, l’honneur ou la Nation qui occupent la place principale mais l’être humain et ce dernier n’a de valeur que par la vie qui l’anime. C’est la vie en elle même qui, de manière abstraite, a de la valeur. Oui, Mesdames et Messieurs, je dis de « manière abstraite ». On sait comment mesurer une distance, peser un poids mais la vie qui peut l’évaluer?

A l’heure où l’on confond les idées fondamentalement humanistes et démocratiques apportées par l’esprit libéral - avec le pouvoir de l’argent du matériel et du superficiel découlant d’un néolibéralisme débridé il est important de se recentrer sur l’essentiel qu’est l’humain, en dehors de toute logique d’évaluation.

Mais l’humain c’est aussi la communauté. L’animal social qu’est l’homme tente depuis des âges immémoriaux de se rendre indépendant et pourtant, plus il essaye de s’individualiser plus il se rapproche du groupe, du clan, car finalement rien n’est possible sans eux.
C’est certainement au travers d’actions militaires, en se mettant au service des grandes puissances que les Suisses se sont exportés, mais c’est aussi, et surtout, par sa diplomatie, sa vocation humanitaire, par son talent architectural, par son avancée chimique, sa précision technologique et son génie civil qu’elle brille dans le monde d’aujourd’hui. Si la Suisse est devenue un exemple c’est parce qu’elle a su préserver sa communauté tout en se tournant vers l’autre.

C’est à ce moment de mon allocution que je voulais illustrer mes propos avec des exemples de Suisses qui ont eu un réel impact dans le monde. N’ayez crainte, je vais vous épargner la lecture de ces noms innombrables… Nous avons tous notre liste personnelle, mais toutes contiennent certainement le nom de Jean-Jacques Rousseau, philosophe et écrivain genevois qui s’opposa à l’habitant de Pregny le plus célèbre au monde : Voltaire.

Kennedy lors de son discours d’investiture en 1961 disait : « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays ». Cette exhortation nous éloigne de l’Etat providence qui existerait par je ne sais quel stratagème, une sorte de structure insensée résultant d’une autofécondation improbable. L’Etat c’est vous, c’est nous, c’est une communauté de citoyens, une émanation de la société au service du groupe et donc de l’individu.

Nous pouvons alors nous poser la question «que puis-je faire pour ma famille, pour ma paroisse, pour mon village, pour mon pays ?». Plutôt que d’attendre, dans une position passive et donc forcément soumise à l’autre, que l’on fassent tout pour nous il convient d’agir.

Il y a 718 ans, les hommes libres des vallées d'Uri, de Schwytz et de Unterwald n’ont pas voulu se soumettre. Ils ont résisté comme certaines pendant 40 ans dans la tour de Constance, comme d’autre cachés dans les maquis, ou d’autre encore dans des camps face à la mort, la torture et l’humiliation.
C’est aussi cet esprit de résistance qui a fait de la Suisse ce qu’elle est. 718 ans de paix, de stabilité politique et sociale et d’engagement dans le monde pour le monde.

Alors que certains aujourd’hui même essaient d’atteindre le cœur de nos institutions et de notre souveraineté pour faire plier des lois, votées par le peuple, qui préservent nos libertés fondamentales commençant par le respect de la vie privé et la confiance en l’honnêteté du citoyen, il nous appartient également de résister.

La blessure est plus profonde qu’il n’y paraît. En attaquant notre indépendance et notre liberté, ceux qui n’ont pas réussi à construire leur société comme nous l’avons fait durant plus de sept siècles, tentent de nous déstabiliser dans l’espoir d’obtenir ainsi une pseudo victoire qui aurait finalement de la peine à masquer leur échec. Vous l’aurez compris l’enjeu dépasse considérablement la rupture de liens diplomatiques et commerciaux ou plus simplement la remise de quelques noms mais nous nous souviendrons malgré tout qu’en d’autres temps, pas si lointains, d’aucuns voulaient aussi des noms sur des listes mais avec alors des conséquences bien plus tragiques.

Le respect de la sphère privée et des données personnelles est le garant de la sécurité individuelle. Nos autorités fédérales doivent être intransigeantes à cet égard et il appartient à chaque citoyen d’être solidaire dans ce combat pour protéger les valeurs de notre pays car c’est finalement la sphère privée de chacun qui se trouve ici menacée.

Chaque individu peut potentiellement donner vie au nouvel Henry Dunant, ou au nouveau Carl Jung, Max Frisch, Durrenmatt ou Necker. Qui sait d’où surgira celle ou celui qui trouvera le vaccin des virus les plus indomptables et qui sauverait ainsi tant de gens.

A la fin du livre « La République » de Platon ce dernier insiste sur le fait que chaque vie, même celle considérée comme la plus médiocre, atteint la même densité d’accomplissement que la vie la plus publique ou la plus héroïque.
Sachons donc nous préserver de ce que Kant décrivait comme le « peuple de démons » où l’humain n’est plus qu’un outil, victime de lui-même. Suivons l’exemple de ces Suisses dans la volonté de ne pas trahir leur héritage séculaire et redisons avec émotion:

"Jean-Jacques, aime ton pays"

Vive Pregny-Chambésy, vive Genève, vive la Suisse !

Hubert Schneebeli en direct avec vous!

Hubert Schneebeli

Depuis juin 2007, en plus de mes réflexions politiques, ce blog présente mes actions dans la commune. C'est aussi le moyen le plus direct pour communiquer et donner la possibilité aux administrés de dialoguer publiquement avec moi.

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